L’Épicéa (Picea abies) : un arbre millénaire, puissant et résilient

Les Carnets de Vesunna, l'atelier de gemmothérapie
Marie MICHELET

Arbre de verticalité et de lumière, l’Épicéa (Picea abies) règne sur les forêts européennes depuis des millénaires. Il occupe une part de notre patrimoine naturel et culturel. Découvrez son histoire, ses usages et sa symbolique.

L’épicéa, tout en majesté…

L’épicea ou épicéa commun (Picea abies), grand conifère résineux, peut, en bonnes conditions dépasser 50 mètres de hauteur, malgré un tronc qui restera de diamètre modeste, aux environs d’1 mètre.  Là où il est plus impressionnant, c’est par son système racinaire, qui peut vivre des milliers d’années et produire des nouveaux plants, sous forme de bosquets. Le Doyen des Arbres sur notre planète est un Épicéa !

Old Tjikko : l’épicéa le plus vieux du monde

L’épicéa (Picea abies) de cette photo est nommé Old Tjikko, il vit en Suède et aurait dépassé les 9 500 ans (datation au carbone 14).

Son secret ? L’épicéa dispose d’une capacité de régénération végétative particulièrement active, qui gère le remplacement par clonage des tiges/troncs dès qu’elles vieillissent. L’intelligence du Vivant est admirable !

Arbre Old Tjikko, épicéa (Picea abies) au système racinaire âgé de près de 10 000 ans.

L’Épicéa, « sapin de Noël » issu de la trilogie sacrée celtique

Avec l’aubépine et le bouleau, l’épicéa appartient à la trilogie sacrée des Gardiens dans la culture celtique : ces trois arbres médicinaux assurent la santé humaine en lui apportant la force, l’immunité et la longévité.

Sa résine, très utilisée dans la tradition du soin par les arbres, contient en effet des composés antiseptiques, balsamiques, expectorants, sédatifs, antibiotiques et anti-inflammatoires. Elle est récoltée (comme pour le Pin des Landes), par incision du tronc et elle est alors appelée Poix de Bourgogne. La distillation de la poix fournit l’essence de térébenthine.  

« Arbre porteur de vie » pour les Celtes, l’épicéa commun a longtemps été l’arbre qui symbolise la pérennité du vivant, d’un cycle à l’autre.

Bien avant le christianisme, on décorait des arbres toujours verts (dont l’épicéa) au solstice d’hiver pour célébrer cette persistance de la vie, le retour progressif de la lumière, l’espoir du renouveau. Quand il devient “sapin de Noël”, il conserve ce sens symbolique mais on lui reproche de perdre ses aiguilles rapidement. Il a maintenant cédé la place au sapin de Nordmann dans ce rôle.

L’Épicéa et ses faux airs de sapin

Le terme Épicéa désigne le genre Picea, un groupe de conifères résineux appartenant à la famille des Pinaceae (la même que les pins, sapins et mélèzes).

Sapinette, Épinette de Norvège, Épicéa à poix, Faux sapin, Pesse, Puce noire, Pin pleureur, Sapin du Nord, Sapin rouge, Sérente, Gentil sapin : tant de surnoms pour l’épicéa, représenté par une famille d’une quarantaine d’espèces, réparties en zone de moyenne altitude, sur l’Europe, l’Europe de l’Est et la Scandinavie. Ce conifère, parfois confondu avec le sapin blanc, est d’ailleurs souvent vendu comme bois d’œuvre sous cette appellation erronée.

A retenir : les aiguilles de l’épicéa commun n’ont qu’une seule pointe à leur extrémité, tandis que le sapin blanc en arbore deux (petite échancrure). Au toucher, l’épicéa commun pique, pas le sapin blanc. Les aiguilles de l’épicéa poussent tout autour des rameaux, en brosse, tandis que sur les rameaux stériles du sapin blanc poussent dans un même plan, en peigne. Le tronc de l’épicéa est rougeâtre alors que celui du sapin blanc est gris-clair. La silhouette de l’épicéa est conique, celle du sapin blanc est disposée en plateaux étagés.

La reproduction de l’épicéa est monoïque : les organes mâles et femelles sont présents sur le même arbre.

étymologie et toponymie : L’épicéa a semé son nom dans nos paysages

Picea (le nom latin de l’épicéa) est le féminin latin de « piceus », qui veut dire « résineux ». Il a donné « pix », que nous avons transformé en « poix » (résine). En vieux français, « pix » s’est altéré en « pesse ».

La Pesse (Jura) : village nommé d’après l’arbre.

Pessey, Pessac, Pesselières : noms de lieux dérivés de « pesse » ou « poix », parfois liés à des zones forestières.

Épinette : autre nom de l’épicéa au Canada, parfois utilisé dans des noms de lieux ou de rues (ex. Rue de l’Épinette).

Spruce : nom anglais de l’épicéa, présent dans des toponymes nord-américains (ex. Spruce Grove, Spruce Pine).

L’épicéa, l’arbre de la constance et de la résilience

Les grands coureurs des bois des régions sub-arctiques, autour du cercle polaire, utilisaient l’infusion d’épicéa pour lutter contre les douleurs musculaires et renforcer leurs voies respiratoires. A l’image de l’arbre lui-même, vert toute l’année, même sous la neige qui incarne la force tranquille, la capacité à traverser les épreuves sans se briser.

Quand l’Epicéa réveille la cuisine : sirop, marinades et desserts

Le sirop de jeunes pousses d’épicéa : un must !

Cueillir les jeunes pousses facilement reconnaissables au printemps. L’épicéa n’est pas une espèce protégée. Rincer rapidement les jeunes pousses à l’eau claire, puis les sécher délicatement avec un torchon. Faire macérer dans un grand bocal en verre, alterner couches de pousses et couches de sucre.

Laisser reposer : fermer le bocal et placer à la lumière du soleil ou dans un endroit chaud pendant 2 à 3 semaines. Le sucre va se dissoudre et extraire le jus des pousses.

Filtrer à travers une passoire fine ou une étamine et récupérer le liquide sirupeux.

Conserver : verser dans une bouteille stérilisée. Le sirop se garde plusieurs mois au frais et à l’abri de la lumière.

Jeunes pousses d’épicéa (Picea abies) au printemps, prêtes pour la préparation du sirop.

Une marinade qui réveille et parfume subtilement d’un arôme forestier : mélanger jeunes pousses d’épicéa hachées, huile d’olive, ail et citron.

Un fromage frais aux accents montagnards : incorporer des pousses finement ciselées à de la tomme de chèvre ou du fromage blanc. Servir avec du pain de campagne.

Des fruits rouges sublimés : verser un filet de sirop d’épicéa sur des framboises, myrtilles ou pommes.

Ma connexion à l’énergie de l’Épicéa

Dans la lumière rayonnante et chatoyante du cœur de l’automne, ma connexion à l’énergie de l’Epicea me restera comme l’empreinte d’un moment de magie.  Impressionnée tout d’abord par sa majesté incontestable, j’ai attendu le temps d’un  humble recueillement, avant d’aller au contact de son tronc parfaitement vertical.  Là, j’ai été transportée dans une dimension hors de l’espace-temps, pour un voyage entre les mondes. Brassée par des perceptions sensorielles multiples, j’ai alors ressenti la puissance des cycles de la Vie, de ma vie. Enfin, au moment de m’éloigner et de poursuivre mon chemin, l’Epicéa me délivre ce message clair : « les fruits sont au sommet de l’effort ».

Dans les traditions nordiques, celtiques, alpines, l’Epicéa est associé aux forêts sacrées, il est le gardien des mondes, il abrite l’âme des anciens et transmet leurs messages quand le vent souffle dans ses branches. Lui qui va chercher si haut la lumière pour la manifester dans la matière et jusque dans ses racines, il nous apaise de sa sagesse et de son chant : l’encens de la résine d’épicéa est utilisée pour purifier les lieux et invoquer la paix.

Article rédigé par Marie Michelet, ethnobotaniste mais pas seulement …

Depuis trente ans, Marie se passionne pour les plantes, la santé naturelle et les savoirs ancestraux. Elle transmet désormais ses connaissances à travers des ateliers, des conférences, des sorties et des stages. Au quotidien, elle conte, elle aide à prendre soin de sa santé, elle enseigne, cuisine et jardine avec enthousiasme en Nouvelle-Aquitaine.  Vous pouvez retrouver Marie sur son site Esperiment

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