Le sureau, Jeux d’ombre et de lumière

Les Carnets de Vesunna, l'atelier de gemmothérapie
Marie MICHELET

Toute l’Europe connaît les vertus du sureau, déjà vantées par Hippocrate et largement utilisées par les Celtes. Avec l’aubépine et le bouleau, il appartient à la trilogie sacrée des Gardiens, ces trois arbres protecteurs de la santé humaine en lui apportant la force, l’immunité et la longévité.

Les espèces de sureau se suivent mais ne se ressemblent pas

Arbre rustique au port évasé qui s’élève jusqu’à 4 ou 5 mètres, le sureau noir, Sambucus nigra, est le premier à fleurir, au début du mois de mai. Il produit du bois dès la deuxième année, et ses baies rouges deviennent noires à maturité et ont tendance à retomber en grappes. Elles sont comestibles, de préférence séchées ou cuites.  Autant les corymbes blancs de la fleur du sureau noir sont dotées d’un parfum suave (Vénus : ouverture, attraction), autant ses feuilles dégagent une odeur repoussante et âcre comme une mauvaise transpiration (Saturne : restriction, frontière entre les mondes).

Trois semaines plus tard, lorsque le sureau noir défleurit, c’est au tour du sureau yèble, Sambucus ebulus, d’épanouir ses petites fleurs blanches. Mais il restera dans une forme herbacée, ne dépassant pas les 2 mètres de hauteur. Ses tiges disparaîtront à la fin de la saison. Ses fruits sont toxiques. Ils restent dressés à maturité. 

vesunna tilleul parcs et jardins

Le sureau rouge, Sambucus racemosa, préfère un peu d’altitude. Ses baies rouges en grappes sont comestibles cuites et ses feuilles n’apparaissent que bien après la floraison, peu odorante. Arbre majestueux, il peut dépasser 20 mètres de haut et atteindre plus de 500 ans.

Le sureau, pour vivre jusqu’à 100 ans !

fleurs de sureau qui s'ouvrent en mai/juin

En décoction pendant sept jours, les baies séchées et les fleurs de sureau constituent une cure dépurative qui élimine les toxines.

Plusieurs parties du sureau noir ont des vertus d’élimination : les fleurs sont sudorifiques ; l’écorce grise du bois favorise la réduction des inflammations articulaires ; l’écorce intérieure a des fonctions diurétiques et laxatives.

Ce pouvoir nettoyant se révèle aussi lors d’une méditation près du sureau noir : il permet de « passer à autre chose », de remettre l’esprit en mouvement, de purifier les énergies.

Compagnon de longue date, le sureau inspire les patronymes et les noms de lieux (toponymie)

Le nom du sureau se décline de plusieurs façons. Sahu, Sahuc (du latin Sambucus) nous donne les noms Saül (non, rien à voir avec les Ecritures), Sui, Suiz, Suzenau, Suzoy, Bois du Sault, Sambuy.

Légendes et mythes du sureau

Il est l’arbre de Dame Hölle (la dame de l’Hiver) et était utilisé pour avoir des rêves prophétiques. Une ancienne tradition permettait de prédire la météo longtemps à l’avance. Ainsi, des branches de sureau placées dans l’eau le 30 décembre indiqueront le temps qu’il fera en été. Si les bourgeons se développent bien et s’ouvrent complètement, s’ils fleurissent même, l’été sera favorable aux cultures et aux récoltes. Si c’est le contraire, l’été sera peu productif.

En Dordogne, il est recommandé de ne pas brûler de sureau encore vert, sous peine de voir les poules pondre des œufs sans coquille.

Un bouquet de sureau accroché subrepticement à la fenêtre de la chambre d’une jeune fille signifie qu’elle a les « bras creux », c’est-à-dire qu’elle est paresseuse. 

On dit parfois qu’un sureau planté près de la maison la protège de tous les mauvais sorts. D’autres disent que la ville de Quimper repose sur trois piliers de sureau et qu’autant qu’ils resteront debout, la ville le restera aussi.  Il se dit aussi que lorsqu’on coupe un sureau, il saigne et l’on peut entendre gémir les sylphides qui l’habitent.

Des traces d’utilisation du sureau ont été retrouvées dans des sites de plus de 17 000 ans ; il a joué un rôle important dans les rites funéraires celtiques et il est depuis la nuit des temps associé à des divinités maternelles et protectrices.

Arbre à l’énergie subtile ambivalente, il a été l’instrument des « magiciens » malveillants, des « sorciers » tout comme celui des « barreurs de sorts ». Et dans ses usages, il sert aussi bien de poison que d’aliment ou de remède.

Les plaisirs du sureau en cuisine

Ses fleurs cueillies mûres (leur pollen jaune se dépose sur vos doigts) s’égrènent pour une cristallisation au sucre. A saupoudrer sur des crumbles, des tartes, des sorbets, sur un fromage à pâte persillée.

Pour celles et ceux qui en apprécient le parfum unique, les fleurs de sureau font des beignets surprenants.

En limonade ou en sirop, les fleurs de sureau vont élever votre créativité culinaire.

Limonade de sureau en cours de fermentation dans un bocal en verre

Lorsqu’elle est séchée au printemps (n’attendez pas l’automne, que la feuille sèche sur l’arbre), la feuille de tilleul peut se moudre en farine et s’ajouter à celle de blé (ou autre) pour faire du pain ou des pâtes à étaler. Sa richesse en protéines en fait un super-aliment. 500 g de feuilles fraîches donnent, une fois séchées, environ 150 g de poudre.

Confiture artisanale de baies de sureau noir

Les baies du sureau, à maturité (noires et retombantes), se consomment cuites (par prudence). Elles nappent vos tartes sablées de fin d’été de leur couleur fascinante. Les coulis de sureau entrent dans la composition de sorbets et s’associent avec des plats au goût fumé.

Séchées, elles se picorent comme des raisins secs. Petit bonus : elles renforcent remarquablement votre immunité.

L’importance du Retour, un message du sureau

Observons un sureau sur son cycle annuel. Au printemps, sa masse verte et ses corymbes blancs sont un tableau qui se remarque, vif, coloré et parfumé. A l’image d’une jeune femme.

Durant l’été, ses grappes de fruits rouge foncé évoquent la maturité, la femme fertile, la mère.

Quant au squelette gris et dénudé du sureau en hiver, il peut faire penser au grand âge, à la vieille femme.

Cette analogie avec les cycles de l’existence est un message du sureau, qui nous rappelle que nous devons veiller à les accepter.  Dans notre conception « moderne » du temps, il nous semble linéaire. Toute vie semble aller de la naissance à la mort. Mais n’avons-nous pas oublié la sagesse ancienne du Retour ?  Vivre en ayant pleinement conscience des cycles à la base de notre existence peut changer profondément notre vision des choses.

 

Article rédigé par Marie Michelet, ethnobotaniste mais pas seulement …

Depuis trente ans, Marie se passionne pour les plantes, la santé naturelle et les savoirs ancestraux. Elle transmet désormais ses connaissances à travers des ateliers, des conférences, des sorties et des stages. Au quotidien, elle conte, elle aide à prendre soin de sa santé, elle enseigne, cuisine et jardine avec enthousiasme en Nouvelle-Aquitaine.  Vous pouvez retrouver Marie sur son site Esperiment

 

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